Lorsque le chanoine Roux, curé de Saint Paul-Sainte Rita demanda l’étude de cette église à l’architecte, celui-ci ne cacha pas les difficultés de sa tâche. Le terrain acquis par l’association diocésaine Jean-Levacher était situé à l’angle de la rue Julienne et du boulevard Auguste-Comte, en pente, et couvrait 600 mètres carrés. Il s’agissait d’édifier une église pour 1.500 à 1.800 personnes sur une surface trois fois moindre que ce qu’autorisent les normes. Mais l’intelligente bonté du chanoine Roux, son enthousiasme et sa foi, réussirent à vaincre tous les obstacles, et à faire accepter les idées de l’architecte.

Il fut convenu qu’une crypte, dédiée à Ste Rita serait élevée au niveau du boulevard Auguste-Comte, mi-partie enterrée du côté de la rue Julienne. Au-dessus, une église consacrée à st Paul serait édifiée pour abriter l’imposante foule des fidèles. L’architecte proposa une église à deux niveaux, dotée de très importantes tribunes au-dessus du sol de l’église, dispositif qui reçut l’accord de l’archevêché.

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Le peu de recul dont on disposait sur rue conduisit à prévoir une façade fortement articulée, par suite de l’impossibilité de signifier l’église et de trancher par une dominante en hauteur au milieu des immeubles élevés qui l’entourent. Un large escalier en bordure du boulevard Auguste-Comte permet d’accéder à l’église St Paul. Le clocher de style catalan est conçu comme un mur à arcades implanté perpendiculairement à la façade de façon à rester visible de l’enfilade du boulevard Auguste-Comte. La sacristie en encorbellement forme porche au-dessus du départ de l’escalier; elle est soutenue par une poutre d’égale résistance ancrée dans le mur du clocher. On obtient ainsi un volume très accentué sur lequel les lumières et les ombres jouent avec force; les oppositions de matières ajoutent à cette expression.

La crypte rectangulaire est couverte par un plancher supporté par de longues poutres de 20 mètres de portée confortées par de fines colonnes détachées des murs. Les murs sont en pierre de Rivet, les colonnes et le plancher en béton armé. Ces colonnes, venues brutes de décoffrage, par leur élégante robustesse, contrastent avec la rusticité des murs, et l’architecte proposa de conserver cette savoureuse opposition qui gardait à la crypte un caractère de sobriété non dépourvu d’agrément. C’est ce qui lui donna l’idée d’appeler son ami le peintre Jar-Durand pour décorer les murs de la crypte, étant entendu que la décoration devait, dans une note moderne, s’inspirer des peintures pariétales des catacombes romaines. Après de nombreux essais, la peinture au Stic B fut adoptée en raison de ses qualités d’adhérence au support et pour sa transparence qui ne dissimulait pas la matière du mur.

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Les sujets, consacrés au travail, furent soumis à l’approbation de l’Archevêché. Ils se déroulent a partir de l’entrée sur le boulevard Auguste-Comte comme suit : à gauche, Nativité, Sainte Rita arrosant un cep mort pendant l’hiver, le Semeur, le sacrifice d’Abraham, le Christ invitant les apôtres à devenir pêcheurs; à droite de l’entrée, le Bon Pasteur, Jésus charpentier avec Saint Joseph, la Sainte-Face. Ces scènes remplissent généralement une travée sur deux; pour rythmer la composition, des sujets symboliques empruntés aux Catacombes s’intercalent entre les grandes scènes : la Colombe, des chrismes, le coq, symbole de la vigilance, le paon, symbole de la résurrection, le poisson dont le nom grec « ictus » est le raccourci du nom du Christ, la vigne, la palme, etc… Le peintre a su donner à l’ensemble un caractère de force et de simplicité qui conserve l’esprit de la crypte et rehausse discrètement la sobriété des murs.

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Au-dessus de l’autel, un immense crucifix de chêne taillé à l’herminette, supporte un émouvant Christ du sculpteur Henri Chouvet, en ciment. Il a étudié également une grande statue de Sainte Rita pour l’entrée de la crypte. La statue de Sainte Rita, Œuvre d’Henri Chouvet, dégagée des conventions est traitée de façon résolument moderne.

L’église supérieure consacrée à saint Paul a son chœur adossé au long côté mitoyen pour éviter une dissymétrie de l’éclairage. Les fenêtres sont en effet dans le dos des fidèles et grâce aux para soleils, elles concentrent la lumière sur l’autel. L’église est voûtée en berceau parabolique dissymétrique dont la voûte s’abaisse vers le chœur en produisant un effet d’enveloppement et en concentrant la lumière sur l’autel. Les tirants qui assurent la stabilité de la voûte, ont été utilisés pour supporter les tribunes, en ménageant un large vide sur le chœur. Les parasoleils sont munis de châssis vitrés qui s’effacent entièrement dans les alvéoles de béton et permettent un vigoureux brassage d’air pendant l’été. La clef de la voûte est également percée d’alvéoles assurant l’évacuation de l’air chaud. L’éclairage de l’église supérieure est à la fois diffus et lumineux, ce qui ajoute à l’ambiance recueillie du lieu saint. Les tribunes ont été munies de gradins pour assurer la visibilité parfaite du chœur à tous les fidèles.

L’église n’est pas encore achevée, le chœur surélevé reste à construire. Le mobilier, les orgues ne sont pas en place. Les peintures du chemin de croix de Jar-Durand doivent entourer la partie basse de l’église Saint-Paul; il est prévu de les fixer directement dans le béton en les encadrant par des ceps de vigne. Telle est cette église dont le modernisme a parfois heurté, mais qui rencontre aussi de chaleureux et sincères enthousiasmes. Il faut souhaiter que d’autres églises résolvant avec la même franchise les problèmes techniques, naissent sur le sol de l’Algérie, et arrachent enfin les fidèles aux conventions, au faux luxe et au style commercial de St-Sulpice.

Tony Socard, Architecte.


spsr06Don de Mme Yvette Dutel


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Mai 1952 – Les communiants à l’église St Paul, avant la construction de Ste Rita (Photo Jean-Claude Lasseube)


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Voir aussi “La petite Vierge rapatriée”

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