• La petite vierge rapatriée

    spsr11Lors de l’exode de 1962, Mme Suzanne Villard avait pris soin de ramener en métropole une petite statue de la Vierge Marie provenant de l’église Saint-Paul – Sainte Rita de Belcourt (Alger). En 1977, en compagnie de son fils Jacques, elle offrait cette statue à la paroisse de Caussou, en haute Ariège. Depuis, la petite Vierge de Belcourt attendait au fond de l’église d’être davantage mise en valeur car cette église est très rarement ouverte.

    Élu maire du village de Caussou le 23 mars 2014, Maurice Calmein a décidé d’installer cette statue dans la chapelle située au cœur du village et qui n’est fermée que par une grille permettant de bien voir l’intérieur du monument.

    Ainsi, les anciens de la paroisse St Paul-Ste Rita de Belcourt pourront-ils, quand ils le souhaiteront, rendre visite à leur petite Vierge. Maurice Calmein leur lance un appel en vue d’organiser une cérémonie pour l’installation et la bénédiction de cette statue qui pourrait être amenée en procession depuis l’église.

    Cette cérémonie a bien eu lieu dans le courant de l’année 2014. Il se trouve que Jean-Pierre Darmani était l’un des rares Belcourtois présent à cette occasion. Écoutons-le :

    J’ai beau être devenu (depuis longtemps) un mécréant de première, je suis allé à Caussou dans l’Ariège aider la Vierge Marie de St-Paul-Ste-Rita à vivre son viel exil dignement en posant sa valise en plâtre dans une petite chapelle des Pyrénées. C’est sûr, après la chaleur algéroise, après le cadre grandiose de Belcourt elle doit être un peu perdue. Mais bon, il ne faut pas désespérer de Ste-Rita, patronne des désespérés et des causes perdues paraît-il…

    Je dois reconnaître que ce fût émouvant de voir la ferveur religieuse et l’œuvre vivace de notre nostalgie portées par une centaine des nôtres, de tous horizons, quelques villageois de Caussou qui nous ont ouvert la porte de leur vieille église et nous ont témoigné leur accueillante fraternité. Ca nous change beaucoup. Bien sûr les têtes chenues dominaient. J’en étais, c’est dire. Comment pourrais-je cacher, sauf aux aveugles sans doute, que j’ai toujours les pieds noirs mais la tête blanche maintenant.

    De Belcourt je n’ai rencontré qu’une dame qui travaillait chez IBM, rue Marey où j’habitais, mais vivait vers le Champ-de-Manœuvre. Que veux-tu, toute le monde n’était pas parfait chez nous- ôtres. Enfin, ça m’a valu à la fin de la cérémonie l’honneur de déposer la statue sur son socle dans la chapelle puisque, Belcourtois és qualité,  j’ai été baptisé à ses pieds (noirs ?) et j’ai fait ma communion avec son Fils (Lui était chargé de notre éducation avec l’abbé Roux, celui-là même qui a sauvé sa mère du désastre en 1962 !).

    Voilà, la boucle est bouclée, 52 ans après. J’ai un peu l’impression d’avoir sauvé une vie, ou une survivance, la nôtre ?, avec une poignée de rescapés. Je sais, à Belcourt on n’avait pas la réputation d’être modestes, la preuve.

    Je pourrais évoquer ce jour longtemps sur cette page tant il m’a marqué. A cause aussi de coïncidences personnelles comme d’avoir lu le même nom que celui de mon grand-père maternel sur le monument aux morts 1914-1918 de ce petit village et d’avoir fait la connaissance d’une vieille dame pieds-noirs dont c’était le grand-oncle paternel.

    Mon grand-père ariégeois était natif d’un village non loin de là. Et le grand-père paternel de Maurice Calmein aussi ! Tiens, Maurice il est bien de chez nous ; sympa comme tout, intelligent, il nous a fait un petit discours d’accueil impeccable, et en plus il est Maire, Maire du village de Caussou qui ne compte pas moins d’une centaine  d’habitants l’été. Et alors, et ‘oilà ! ‘oilà comme on est nous ôtres. D’accord c’est un oranais. Mais c’est pas grave. La vierge elle était bien de Belcourt, elle, comme toi et moi. Alors les querelles byzantines !

    Jean-Pierre Darmani.

     

    Vous pouvez me retrouver sur Facebook

    Vous pouvez Laisser un commentaire

    Vous serez le premier à vous exprimer...

    Notify of
    avatar
    wpDiscuz