• Que de souvenirs de cette enfance, rien ne s’efface…

    vmae04Que de souvenirs de cette enfance, rien ne s’efface dans la mémoire de ces années de joies et aussi de peines…

    Je suis de Belcourt que j’ai habité depuis ma naissance en 1936 et jusqu’à mon mariage en 1956. Mes parents étaient au 132, rue de Lyon, juste après le virage du Monoprix, en partant sur le Marabout. Ils habitaient lors de ma naissance, l’immeuble au-dessus de Monoprix, on y entrait par la rue des Petits-Champs.

    Mon papa était d’origine suisse, naturalisé français pour s’engager à la guerre de 39-45. Eh ! oui, il y en avait de cette espèce…

    Nous n’étions que des ouvriers et bien modestes. Mon papa était mécanicien auto, il travaillait dur pour un petit salaire. Heureusement à la maison, maman avait des mains en or et réalisait des prodiges. Elle savait cuisiner et accomoder les restes, rien n’allait à la poubelle, elle cousait et nous habillait de la tête aux pieds avec des petits coupons de tissu par chers. Elle faisait aussi la lessive à la main, avec la planche à laver et la brosse en chiendent. Les bleus de mécano de papa, c’était horrible à rattraper et à la fin des trois jours de lessive (chaque locataire avait à trois jours par mois qu’il fallait réserver chez la concierge) elle n’avait presque plus de peau sur les mains.

    Comme tous les gosses, j’attendais avec impatience ces jours de lessive pour pouvoir me baigner à l’eau froide dans les bassins de ciment. On se contentait de peu. Je me souviens dans la buanderie de la terrasse du gros compteur à gaz rouge posé sur des cornières. On achetait à la concierge les jetons à insérer dans la fente du compteur pour obtenir le gaz et je sens encore l’odeur de lessive bouillant dans la lessiveuse à champignon qui recrachait l’eau du fond sur la surface du linge tenu par des cerceaux pour ne pas déborder. Et certaines femmes se plaignent actuellement …!

    En été ma mère achetait nos espadrilles chez Quilès et en hiver, elle achetait, pour faire nos pantoufles, seulement les semelles de corde. Elle habillait la semelle côté pied d’un lainage douillet, puis cousait le dessus de la pantoufle qu’elle retournait ensuite à l’endroit avec beaucoup d’efforts et en la pliant. La pantoufle était terminée. Ainsi on économisait, mais il fallait beaucoup d’huile de coude.

    Je me suis surprise à rêver en regardant la photo car c’est un trottoir que j’ai souvent arpenté dans mon enfance. D’abord les chaussures Bata qui se trouvaient face à Monoprix, on a en a porté des Bata et aussi des chaussures Roig. Les sandalettes achetées chez Roig quand j’étais gosse, inoubliables !!! Les petites lanières de toile blanche qu’il fallait entretenir avec la pierre de blanc d’espagne et une vieille brosse à dents mouillée. On laissait sécher au soleil et ensuite on avait mal aux pieds car les lanières avaient durci… Idem avec les espadrilles blanches des frères Quiles qui tenaient boutique au pied de mon immeuble.

    Passé le café des Messageries, si je me souviens bien, le magasin marqué Bastos était tenu par M. Tabuteau et son fils. Si on continue un peu sur la gauche, il y avait la quincaillerie Caruel. J’ai encore dans ma batterie de cuisine la bassine à friture achetée chez eux, elle n’a pas pris une ride, elle n’a aucune cabosse et je m’en sers toujours après plus de cinquante deux ans de bons et loyaux services bien que j’aie aussi une friteuse électrique. Mais la friteuse en tôle fait de meilleures cocas frites…

    De l’autre côté de la rue, à ce niveau la pharmacie Chetcuti où travaillait un préparateur M. Lehman, un monsieur déjà âgé et avec qui mon père entretenait d’interminables discussions car il était Suisse, comme lui. En repassant devant Bata on arrive à l’angle de la rue Villaret Joyeuse et dans cet immeuble au premier étage habitait mon professeur d’accordéon, Madame Parisse. Elle a guidé mes premiers pas dans ce domaine et j’en joue toujours. Maintenant l’accordéon paraît beaucoup plus lourd à mon dos et je me mets plus facilement au synthétiseur pour me distraire. J’allais acheter mes partitions chez Debernardi, je pense que c’était rue Rigodit (?). Non !, rue de Suez, dixit Jeanjean Lorrens…

    J’ai connu avec mes parents les bals du 14 Juillet au Bld Villaret Joyeuse (la Raspa, la bombe atomique, les marches …). En descendant ce boulevard on tournait à gauche (nom de la rue…?) pour acheter les fournitures scolaires chez Staropoli le papetier. Et on n’avait pas droit à plusieurs crayons à la fois comme maintenant, on achetait le porte crayon à bague afin d’user le crayon jusqu’au bout et il fallait le montrer complètement usé à maman afin d’en obtenir un neuf. C’était vraiment une autre époque en matière d’économie, on ne pouvait se permettre aucun gaspillage.

    Sous les arcades jouxtant Monoprix, à côté du Crédit Lyonnais, il y avait un marchand de matériaux, (plâtres, ciments…) et au moment de Noël nous allions y acheter des santons (Ainsi, on agrandissait la crèche chaque année). Et bien, eux aussi, je les ai toujours dans un carton et ils ont fait les crèches de mes deux enfants. Ces petits santons ont maintenant une bonne soixantaine d’années.

    Aujourd’hui j’ai potassé les « carioles à roulements » et je me suis régalé des différentes histoires. Bien que fille, j’y suis montée aussi et c’est ainsi que j’ai connu mon mari rue d’Amourah. Il était le copain d’un de mes cousins germains et ils roulaient cariole dans ladite rue, aussi je n’ai pas donné ma part au chat. Nous avions alors respectivement neuf et douze ans.

    Que de souvenirs de cette enfance, rien ne s’efface dans la mémoire de ces années de joies et aussi de peines.

    Josette Gascon ( Kühné).

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