• Ballade pour ceux et celles de Belcourt

    Poème de Jean Pomierregards01

    A Belcourt,
    les filles s’en vont
    en jupons courts,
    en hauts talons,

    un peigne droit dans les cheveux
    et fin corsage;
    elles vous ont un air bien sage,
    tout de même,
    parce qu’elles sortent trois par trois,
    en se donnant toutes le bras
    comme des sœurs,
    ce qui leur fait un petit air
    de ne pas du tout avoir l’air,
    en somme,
    de promener pour ce jeune homme.

    A Belcourt,
    les filles s’en vont
    en jupons courts,
    en hauts talons,

    A Belcourt,
    les drilles s’en vont
    en veston court,
    en espadrilles,

    avec des pantalons étroits du genou,
    qui s’élargissent sur le pied
    à la façon des maquereaux,
    et des casquettes à carreaux
    qui leur donne une élégance,
    à ce qu’ils pensent,
    tout à fait « made in U.S.A. »

    A Belcourt,
    les drilles s’en vont
    en veston court,
    en espadrilles,

    A la sortie des ateliers,
    ils vont par bande de dix, douze,
    boire des anisettes douces
    ou de la « forte »,
    sur le pouce,
    Et puis, sur le seuil de la porte
    des cafés qui sentent frais,
    aux farnientes des terrasses,
    aux tumultes des carrefours,
    ils lorgnent les filles qui passent,
    – la rue, c’est la foire d’amour –
    et qui passent devant les groupes
    au balancement ingénu
    des grâces triples de leurs croupes
    A Belcourt, les drilles chaloupent.

    A Belcourt,
    il y a des machines,
    des ateliers et des usines,
    des arsenaux,
    et des tonnelleries sonores,
    où l’air vibre dans les amphores
    aux coups de maillet des costauds.
    il y a des forges, il y a des fours,
    des cheminées comme des tours,
    des entrepôts et des garages
    sentant l’essence ou l’affenage,
    et des charrois sur les pavages
    qui brinquebalent tout le jour
    par des avenues de faubourgs
    étendues comme des plages.

    A Belcourt,
    il y a aussi des petits coins
    dans les montées vers Bois-La-Reine,
    où musardent les prétentaines
    des fillettes de quatorze ans.
    A sept heures, comme il fait doux,
    elles ont toutes des raisons
    pour faire « une commission »
    chez l’épicier ou le moutchou
    mais c’est pour le guilledou
    qu’elles vont ainsi câlines,
    Annunziade et Caroline,
    mais c’est pour le guilledoux,
    de l’Arsenal au Marabout.

    A Belcourt,
    à tous les carrefours
    saigne la vie
    flambe l’amour.

    Note : Ce poème figure dans l’ouvrage de Jean Pomier « A cause d’Alger » (Ed.Privat, Toulouse 1966), qui rassemble deux recueils de poèmes : « A cause d’Alger », en 1ère édition, et « Poèmes pour Alger », en réédition – ils avaient paru à Alger en 1935. « Ballade pour ceux et celles de Belcourt » se situe en 2ème partie des « Poèmes pour Alger ».

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